« La quête du Messager Divin »
« Un monde sans vie... Un monde sans passé... Un monde sans avenir... Aucune limite à l'horreur déchaînée par l'homme... Je n'ai jamais rien demandé à la vie... Elle m'a tout pris... Donner avant de prendre... Mourir avant de vivre... Non ! Je suis condamné à vivre dans un monde mort... Mais trop de responsabilités sont sur mes épaules. En montant une rébellion contre cette vie, nous pourrions l'améliorer ; la faire nous ressembler un peu plus... »
CHAPITRE UN :
L'année : 2026... le mois de mai... le quinze au matin...
« Avancez ! Allez, avancez, bandes de chiens ! Et remerciez le bon dieu d'vous avoir épargnés ! »
« Bon dieu, mon cul ! »
Alors, l'adjudant chef sauta de sa jeep. Le cortège de prisonnier s'arrêta... une bénédiction pour tous ces gens dont la seule punition était d'être différents. C'était des mutants et la plupart avaient fui les cybercités et leurs inégalités sociales pour rejoindre des communautés nomades ou des villages situés dans le monde extérieur ; le monde mutant...mais ils avaient été retrouvés et chassés comme des bêtes par ces humains qui les craignaient tant. La peur engendre la colère et la colère conduit à la haine... Ainsi était née la lutte contre les mutants ! Et les humains avaient fini par l'emporter. Ils conduisaient les mutants dans des camps de concentration comme ils l'avaient fait avant pour certains d'entre eux. C'était devenu le pain quotidien des laissés pour compte. Pas de droits, personne pour les défendre, comme aujourd'hui. Un drame allait une fois de plus se jouer devant des yeux impuissants. Le gradé s'avança vers le prisonnier et le dévisagea. Vêtu de haillons ; sale et malade, il n'en restait pas moins un être humain...en bien comme en mal. L'obscurité de la forêt, légère pénombre matinale, donnait sur ses habits un reflet verdâtre qui accentuait son apparence défraîchie. L'air était lourd, irrespirable, la tension à son plus haut point. Le militaire ; du haut de ses un mètre nonante-six s'imposait devant le malheureux ; un asiatique qui devait à peine dépasser le mètre soixante.
« Alors, mutant ! Quelque chose te déplait ? Est-ce que je dois comprendre que tu n'aimes pas le bon dieu ? Hein ?!? »
Sans s'indigner ; bien qu'une tête en moins, le pauvre esclave dévisagea à son tour son tortionnaire.
« Moi, ton bon dieu, j'l'encule, espèce de connard ! Un dieu qui crédite une telle merde que votre dictature n'est pas mon dieu ! »
« Qui a dit que l'bon dieu était aussi le dieu de ta sale race, mutant ? (Il aimait insister sur ce malheureux état de fait) Allez, vous aut', emmenez-le à la rivière ! Ca servira d'exemple aux autres ! On ne met pas en doute mon autorité ! »
Alors, toute résistance fut vaine, les gardes emmenèrent Alex une dizaine de mètres plus loin ; à la rivière. La rivière...
Alex N'Guyen ! Un nom de plus à oublier, un nom parmi tant d'autres. Mais nous n'étions plus que des matricules. J'ai tout observé du camion dans lequel j'étais assis, au milieu des autres prisonniers ; compagnons d'infortune, entassés comme du vulgaire bétail... Mon camarade tenta tout ce qu'il put. Il frappa, griffa, lutta, défiant parfois les lois de la physique dans ses actes désespérés. Bientôt, il fut à genoux devant l'eau...mais pouvait-on encore appeler cela de l'eau ? Une fange contaminée par des années de guerre bactériologiques. Ses bras furent serrés avec force par les deux soldats purificateurs ; empêchant tout geste qui puisse lui donner le moindre espoir. Un troisième homme ; maigre, au visage marqué par des cicatrices de guerre, empoigna les cheveux d'Alex. Son sourire sadique, ses dents brunâtres et cariées, ses cheveux en crête d'un rouge sanglant. Samuel ; maudit serviteur de l'adjudant-chef Miller. Ce fut vif ! Le grand homme ; élancé comme un serpent, plongea la tête de sa victime dans le liquide boueux, grisâtre, d'où s'échappaient avec peine de pestilentielles bulles d'air vicié. Les minutes furent longues, très longues. Lorsque Alex ; dans ses spasmes, s'apprêta à mourir, son bourreau le libéra de la fange dans laquelle il agonisait. A grandes bouffées, paniqué, mon camarade d'infortune happait l'air dans ses poumons meurtris. C'est là que tout a dégénéré. La scène se reproduisit quatre, non ! Cinq fois...puis ; quand Miller l'ordonna, on replongea sa tête une dernière fois dans le liquide boueux. Son corps sans vie fut laissé en pâture aux charognards, après que les purificateurs lui aient enlevé son collier inhibiteur de pouvoirs mutants... Les monstres mutants ; même s'ils fuyaient en général la présence humaine, étaient nombreux dans la région. La plupart des prisonniers restaient prostrés par ce qui venait de se produire, terrorisés comme des animaux en voie d'extinction. Mais en moi, rien. J'étais devenu si peu vivant que j'étais sans réaction face à tout cela. J'avais connu la guerre du virus, la torture et les humiliations... J'avais déjà perdu tant de proches dans de telles situations ; des situations d'impuissance. C'était devenu une routine. Miller, qui s'était approché de la scène pour ne rien en rater, revint vers son véhicule en passant près du camion où nous étions entassés comme du bétail. Nos regards se croisèrent lorsqu'il toisa notre groupe. Il en fut troublé. Et la peur engendra la haine à nouveau.
« Qu'est-ce t'as, toi ? Tu veux y aller aussi, espèce de merde ! »
Je restai sans réponse ; vide de toute trace d'émotivité et je continuais de le fixer en ne lui laissant pas l'opportunité de lire en moi. Je prenais des risques mais ça n'avait pas d'importance. J'étais mort depuis longtemps même s'ils ne l'avaient pas remarqué. La peur est pour ceux qui sont en vie.
« Hey ! Arrête de me regarder comme ça ! Si tu veux pas mal finir, t'as intérêt à... »
A cet instant, le capitaine ; en tête de groupe, interpella son subalterne d'un ton sévère.
« Miller, bon sang ! Laissez donc cet homme et reprenez votre place dans les rangs. Je ne tiens pas à arriver trop tard au camp. Avec tous ces rebelles dans le coin, il vaut mieux ne pas trop traîner. Sans compter la faune locale ! »
Le capitaine Richmond avait bien meilleure réputation auprès des prisonniers que l'adjudant-chef. Pas difficile ! Qui n'avait pas meilleure réputation que cette ordure de Miller ? Parfois, au grand désespoir de ses collègues, Nathan Richmond savait récompenser un prisonnier pour sa bonne conduite. Mais j'avais eu tort ! Mon attitude provocante avait mis ma vie en danger et je ne désirais pas cela. Il restait au moins une bonne heure de route avant le camp de concentration du Hainaut et je devais bien me comporter, être obéissant...comme si je n'étais pas là, oui, invisible à leurs yeux... Le long convoi d'esclaves et de militaires se remit en route, accompagné par les bruits de chaînes et le moteur des camions-tracteurs. Le camp ! Nous allions au camp ; notre prison ! Un enfer construit par l'homme pour ceux qui auraient pu être leurs frères...mais les hommes primitifs avaient-ils bien accueilli les hommes modernes ? Et ces derniers, avaient-ils contribué au déclin de leurs prédécesseurs ? Nous étions les hommes modernes du XXIeme siècle et les humains ne nous aimaient pas. Peut-être n'avaient-ils pas tort...
J'arrête à cet instant d'écrire et je bois une petite gorgée de café noir. Je m'appuie confortablement dans le creux de mon siège, souffle un peu...ces souvenirs ne sont pas faciles à vivre. Bon, où en étais-je ? Ah oui, le camp...
